Search

Les stages et les internats en psychologie compromis en 2023-2024

De Radio-Canada: https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1920938/psychologues-public-stages-internat-syndicat-salaire


Des centaines de psychologues et de neuropsychologues du réseau public québécois menacent de ne pas prendre de stagiaires et d’internes au cours de l’année universitaire 2023-2024 – une décision aux lourdes conséquences pour les étudiants au doctorat si elle est appliquée. Ils espèrent convaincre le gouvernement de créer leur syndicat.


Cela résoudrait bien des problèmes, pensent-ils, car la profession est en crise. Pas assez payés, pas assez autonomes, surchargés de travail depuis la pandémie… Les psychologues et neuropsychologues du public, qui officient tant dans le réseau de la santé que dans celui de l’éducation, sont à bout.


«Beaucoup n’y arrivent plus. Ils démissionnent», alerte Karine Gauthier, présidente de la Coalition des psychologues du réseau public québécois (CPRPQ).


«Des écarts énormes» de salaire

Sur le plan salarial, selon les calculs de l’organisme, tous les comparatifs – au sein même du réseau public, avec le privé ou avec l’Ontario – montrent «des écarts énormes».


«On a pris le salaire d’une travailleuse sociale. À l’âge de la retraite, on a 300 000 $ de moins dans notre compte de banque avec une retraite qu’on doit prendre cinq ou six ans plus tard. Ce n’est pas normal, c’est une injustice», proteste Karine Gauthier.


Elle indique qu’un praticien à son compte gagne jusqu’à 44,3 % de plus que son confrère employé par la province. Et après cinq ans d’ancienneté, un psychologue du public en Ontario gagne 57 % de plus que son homologue du Québec.


Les enjeux d’autonomie professionnelle plombent aussi le moral de ces spécialistes. «On se fait imposer des façons de travailler. [...] Il y a des restrictions pour ce qui est du nombre de séances, de la fréquence des suivis, des approches, même, des fois».


Ces conditions ne découragent pas les étudiants de faire carrière dans le public. La Fédération interuniversitaire des doctorant.e.s en psychologie (FIDEP) souligne qu’ils sont 85 % à vouloir exercer dans le réseau.


«Le public offre énormément d’apprentissages, des clientèles différentes, des occasions de travailler au niveau multidisciplinaire. C’est un emploi de rêve pour la plupart des doctorants, mais seulement 25 % d’entre eux finissent par aller dans le réseau public en raison du manque de reconnaissance salariale et d’autonomie professionnelle», déclare Alexandra Remon, la présidente de la fédération.


La situation dénoncée par la coalition ne date pas d’hier. Il y a 10 ans déjà, un autre groupe de psychologues publics pointait les mêmes dysfonctionnements. Eux aussi prônaient la mise en place d’un syndicat.


«Le mouvement s’est finalement épuisé. On reprend le combat», raconte la responsable de la CPRPQ.


Au cours des deux dernières années, Karine Gauthier et ses collègues ont effectué 185 sorties médiatiques, rédigé sept mémoires et diffusé une campagne d’information sur les réseaux sociaux.


Ils ont également organisé un rassemblement dans le centre-ville de Montréal en mai et adressé au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) une pétition signée par plus de 7000 Québécois demandant de régler les problèmes d’attractivité et de rétention des psychologues dans le réseau public.


Karine Gauthier mentionne enfin la quarantaine de rencontres qu’ils ont eues avec le gouvernement. Là, on est rendus à un point où on ne comprend pas pourquoi on n’est pas entendus, se désole-t-elle.


Les étudiants solidaires

C’est dans ce contexte et avec le sentiment d’être au pied du mur que la coalition annonce son intention de ne pas assurer la supervision des étudiants au doctorat si elle n’obtient pas gain de cause. Sans stage de fin d’études, les étudiants ne peuvent décrocher leur diplôme. L’arrivée de la relève dans le réseau est stoppée.


Pour les jeunes concernés, cela signifie une année suspendue, une année perdue en quelque sorte. Ce qui n’est pas rien.


«Ça retarde notre entrée sur le marché du travail, ça retarde nos cotisations à notre REÉR et ça augmente l’endettement étudiant qui est de plus de 20 000 ou 30 000 $, voire de plus de 40 000 $ pour la plupart d’entre nous à la fin de nos études», énumère Alexandra Remon.


La FIDEP soutient néanmoins la coalition. «On comprend totalement pourquoi ils font ça. Pour nos futurs emplois, on comprend que c’est important qu’il y ait des changements», précise l’étudiante.


En juin, le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, rejetait l’idée d’un syndicat. «Ce n’est pas sur la table pour le moment», avait-il déclaré lors d’une conférence de presse.


Le ministère précise que «lors du renouvellement de la dernière convention collective, de nombreuses bonifications aux conditions de travail des psychologues ont été apportées : la titularisation minimale à 12 quarts de travail par 28 jours, l’ajout de la possibilité d’une semaine normale de travail à 37,5 heures et l’octroi de plusieurs primes».

Recent Posts

See All